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Successions assurance vie : fiscalité, abattements et pièges concrets en 2026

Successions assurance vie : comprendre la fiscalité, les abattements, le rôle du notaire et les erreurs qui font perdre l'exonération. Guide pratique 2026.

Isabelle MarchandIsabelle Marchand 18 min à parcourir
Successions assurance vie 2026 : abattements, fiscalité
[Droit des successions] #3 Assurance-vie : pourquoi y souscrire ?

La fiscalité des successions assurance vie repose sur une double règle, selon que les primes ont été versées avant ou après les 70 ans du souscripteur. Avant cet âge, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € ; après 70 ans, l'abattement est ramené à 30 500 € pour l'ensemble des bénéficiaires. Le conjoint survivant, lui, est totalement exonéré. Derrière ces chiffres, les pièges sont nombreux : une clause bénéficiaire obsolète, des primes jugées excessives, une mauvaise articulation entre les deux régimes, ou une désignation de bénéficiaire inadaptée peuvent faire perdre tout ou partie de l'avantage fiscal.

Pourquoi l'assurance vie occupe une place centrale dans les successions françaises

L'assurance vie occupe une place singulière dans le droit des successions français. Par principe, elle échappe aux règles civiles de la dévolution successorale : le capital-décès est versé directement au bénéficiaire désigné, sans transiter par l'actif successoral du défunt. Ce mécanisme dérogatoire, combiné à une fiscalité allégée, en fait un instrument de transmission privilégié. Près de 63 % des encours étaient investis en unités de compte à fin juin 2025 (Boursorama, mars 2026), signe que les épargnants ne se contentent plus du seul fonds euros pour leurs stratégies de transmission.

De plus, pour optimiser votre épargne, il est pertinent de considérer comment bien choisir le meilleur ETF assurance vie adapté à vos objectifs.

Le volume de patrimoine concerné donne la mesure du phénomène. À fin février 2026, l'encours total de l'assurance vie atteignait 2 143 milliards d'euros (Boursorama, mars 2026), porté par une collecte nette de 6,2 milliards d'euros sur le seul mois de janvier 2026. Cette masse colossale, qui pèse plus que le PIB annuel de la France, va être au cœur des transferts patrimoniaux des prochaines décennies. La Fondation Jean-Jaurès estime à 9 000 milliards d'euros le montant que les héritiers des baby-boomers récupéreront d'ici 2040 (Caisse d'Épargne Gestion Privée).

Pourtant, cette transmission n'est pas automatiquement exonérée. Les règles diffèrent radicalement selon l'âge du souscripteur au moment des versements, et les sanctions pour une clause bénéficiaire mal rédigée peuvent être sévères. Comprendre ces mécanismes — avant de souscrire ou avant un décès — permet d'éviter des pertes fiscales qui se chiffrent en dizaines de milliers d'euros.

L'assurance vie est-elle vraiment hors succession ?

Juridiquement, l'assurance vie n'entre pas dans la succession au sens du Code civil. L'article L. 132-12 du Code des assurances prévoit que le capital versé au bénéficiaire désigné ne fait pas partie de la succession du souscripteur. Cette règle emporte deux conséquences concrètes. Le bénéficiaire perçoit le capital sans avoir à se soucier des dettes du défunt, et le capital n'est pas pris en compte dans le calcul de la réserve héréditaire, sous réserve du cas des primes manifestement exagérées.

Pour autant, l'assurance vie n'est pas « hors impôt ». Le Code général des impôts organise un régime fiscal spécifique qui distingue les primes versées avant 70 ans (article 990 I du CGI) de celles versées après (article 757 B du CGI). Ce dualisme fiscal est le pilier de toute stratégie de transmission via l'assurance vie. Le barème et les abattements applicables en 2026 méritent d'être examinés en détail pour éviter de mauvaises surprises.

Un encours record qui traduit l'engouement des épargnants

2 143 milliards d'euros d'encours à fin février 2026 (Boursorama, mars 2026), avec une collecte nette mensuelle de 6,2 milliards d'euros en janvier — ces montants témoignent à eux seuls de l'ampleur du phénomène. Au-delà de ces montants agrégés, la tendance de fond est celle d'un basculement progressif vers les unités de compte, qui représentaient 63 % des encours en juin 2025. Cette appétence pour le risque s'explique en partie par la faiblesse persistante des rendements des fonds euros.

Cette ruée s'explique aussi par la dimension successorale. Dans un contexte où la transmission patrimoniale entre générations représente un enjeu macroéconomique (9 000 milliards d'euros à transférer d'ici 2040, selon la Fondation Jean-Jaurès), l'assurance vie apparaît comme l'outil le plus flexible pour organiser une transmission en dehors du cadre rigide des règles ab intestat. Le guide complet des différents types de contrats permet d'identifier le support le mieux adapté à cet objectif.

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Le régime fiscal des successions assurance vie selon l'âge du souscripteur

La fiscalité de l'assurance vie en cas de succession obéit à une règle binaire qui dépend de l'âge du souscripteur au moment des versements. La date de référence est celle du versement de chaque prime, pas celle du décès ni celle de l'ouverture du contrat. Un même contrat peut donc relever des deux régimes si le souscripteur a alimenté son contrat avant et après son soixante-dixième anniversaire. Cette distinction est le cœur du dispositif fiscal successoral de l'assurance vie.

Quel que soit l'âge du souscripteur au moment des versements, le conjoint survivant marié et le partenaire lié par un Pacs bénéficient d'une exonération totale. Instaurée par la loi TEPA du 21 août 2007, cette exonération s'applique sans plafond. En revanche, le concubin est traité comme un tiers et subit la fiscalité la plus lourde.

Primes versées avant 70 ans : l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire

Pour les primes versées avant le 70ᵉ anniversaire du souscripteur, chaque bénéficiaire désigné profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I du CGI). Au-delà de cet abattement, le capital transmis est soumis à un prélèvement forfaitaire de 20 % jusqu'à 700 000 €, puis de 31,25 % au-delà. Ces taux s'appliquent sur les sommes transmises (primes et intérêts confondus), les gains n'étant pas distingués des primes dans ce cadre successoral, contrairement au régime des rachats partiels du vivant.

L'abattement est individuel et non par contrat. Un bénéficiaire désigné dans trois contrats différents par le même souscripteur ne cumule pas trois abattements de 152 500 € ; il dispose d'un abattement unique pour l'ensemble des capitaux perçus au titre de primes versées avant 70 ans. En revanche, si le souscripteur désigne trois bénéficiaires distincts, chacun bénéficie de son propre abattement de 152 500 €.

Succession assurance vie après 70 ans : les règles spécifiques

Pour les primes versées après le 70ᵉ anniversaire du souscripteur, le régime change radicalement. Ramené à 30 500 €, cet abattement est global et se partage entre tous les bénéficiaires désignés, tous contrats confondus (article 757 B du CGI). Tout excédent réintègre l'actif successoral et supporte les droits de succession classiques selon le barème progressif par tranches (de 5 % à 45 % selon le lien de parenté).

Toutefois, les intérêts et plus-values générés par ces primes échappent à l'impôt successoral ; seules les primes elles-mêmes sont comptabilisées dans la base taxable. Cette subtilité distingue le régime après 70 ans de celui applicable avant 70 ans, où primes et gains sont imposés ensemble. Pour les épargnants âgés, cette règle invite à distinguer soigneusement, dans la déclaration, le capital ayant servi d'assiette aux versements des produits qu'il a générés.

Tableau fiscalité assurance vie succession : récapitulatif des taux

Le tableau ci-dessous résume les deux régimes applicables, hors exonération du conjoint survivant et du partenaire pacsé.

RégimeAbattementTaux applicable au-delàBase imposable
Primes < 70 ans152 500 € par bénéficiaire20 % (< 700 k€) puis 31,25 %Primes + intérêts
Primes > 70 ans30 500 € global (tous bénéficiaires)Barème successoral (5 % à 45 %)Primes seules
Conjoint/PacsExonération totale0 %Sans objet

À noter que le prélèvement de 20 % ne s'applique pas au conjoint survivant ni au partenaire pacsé, mais s'applique aux frères, sœurs, neveux, nièces et autres bénéficiaires sans lien de parenté, pour qui le taux peut atteindre 31,25 % au-delà de 700 000 € par bénéficiaire.

L'essentiel

  • L'abattement de 152 500 € s'applique par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans ; au-delà, un prélèvement de 20 % ou 31,25 % s'applique selon le montant transmis.
  • Les primes versées après 70 ans sont soumises aux droits de succession classiques au-delà d'un abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires confondus.
  • Le conjoint survivant marié et le partenaire pacsé sont intégralement exonérés, quel que soit le montant et l'âge du souscripteur lors des versements.
  • La clause bénéficiaire doit désigner nominalement chaque bénéficiaire et être mise à jour après chaque événement de vie (mariage, divorce, naissance, décès d'un bénéficiaire désigné).
  • L'assureur verse le capital directement au bénéficiaire sans passer par le notaire (sauf clause absente ou acceptation formelle du contrat par le bénéficiaire).

Cas pratique chiffré : succession avec plusieurs bénéficiaires

Prenons le cas de Marc, décédé en 2026 à 78 ans. Il a souscrit un contrat d'assurance vie à 62 ans et y a versé 200 000 € avant ses 70 ans, puis 50 000 € après. Il désigne deux bénéficiaires : sa compagne pacsée Sophie et son neveu Lucas. Aucun lien de parenté entre Sophie et Lucas. Les sommes à transmettre sont de 200 000 € (primes avant 70 ans) et 50 000 € (primes après 70 ans), auxquelles s'ajoutent 30 000 € d'intérêts générés par l'ensemble du contrat.

Ce cas illustre concrètement l'articulation entre les deux régimes et le traitement différencié selon la qualité du bénéficiaire.

Assurance vie succession plusieurs bénéficiaires : comment se répartit l'abattement ?

Sophie, en tant que partenaire pacsée, est exonérée en totalité : elle ne paie rien sur les 125 000 € qui lui reviennent (moitié de 200 000 + 50 000 + 30 000), en vertu de la loi TEPA de 2007. L'abattement de 152 500 € ne lui est même pas applicable puisqu'elle n'est pas imposée.

Lucas, en revanche, reçoit l'autre moitié, soit 125 000 €. Ce montant est intégralement inférieur à l'abattement de 152 500 € dont il bénéficie pour les primes versées avant 70 ans. Sur cette fraction, il ne paie donc aucun prélèvement. Pour la partie des primes versées après 70 ans (25 000 €), il convient d'appliquer l'abattement global de 30 500 €. Sophie étant exonérée, la totalité de l'abattement global est imputable à Lucas : ses 25 000 € de primes après 70 ans sont intégralement couverts. Lucas ne paie rien non plus. L'assurance vie a donc permis une transmission nette de tout impôt dans cette configuration.

Calcul de l'impôt résiduel : ce que chaque bénéficiaire paiera réellement

Imaginons maintenant une variante : Marc a versé 600 000 € avant 70 ans et 200 000 € après. Sophie reçoit la moitié exonérée. Lucas reçoit 300 000 € de primes avant 70 ans : après abattement de 152 500 €, il reste 147 500 € taxables à 20 %, soit 29 500 € de prélèvement. Pour les primes après 70 ans, il perçoit 100 000 €, dont 30 500 € en abattement global (Sophie n'en consomme pas), laissant 69 500 € soumis au barème successoral entre oncle et neveu (55 % au-delà de 15 932 € d'abattement personnel, soit environ 38 000 € de droits).

Au total, Lucas paie environ 67 500 € de droits, alors qu'une transmission par testament de 400 000 € à un neveu aurait coûté plus de 210 000 € (55 % après un abattement de 7 967 €). L'économie réalisée grâce au cadre de l'assurance vie dépasse 140 000 €. Ces chiffres montrent pourquoi le choix du bénéficiaire et la structuration des versements avant et après 70 ans sont déterminants.

Assurance vie et succession nouvelle loi 2026 : ce qui pourrait changer

Des tensions persistent autour du cadre fiscal de l'assurance vie successorale. La Cour des Comptes, dans un rapport cité par Boursorama en décembre 2025, appelle à « mettre fin aux effets d'aubaine fiscaux » liés à l'assurance vie. Le régulateur des finances publiques estime que le dispositif actuel profite de manière disproportionnée aux patrimoines les plus élevés, sans contrepartie suffisante pour les finances publiques.

Parallèlement, un amendement au projet de loi de finances, adopté en commission des finances le 20 octobre 2025, propose d'instaurer en 2026 un dispositif de transmission anticipée : le souscripteur pourrait transmettre jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire sans droits, de son vivant, sans attendre le décès. Ce mécanisme, s'il était promulgué, constituerait une avancée majeure pour les stratégies de donation. À ce stade, l'amendement n'a pas été intégré au texte final ; son parcours législatif doit être suivi avant d'ajuster ses décisions patrimoniales. La loi 2026 sur l'assurance vie et la succession détaille l'état des débats.

L'amendement de transmission anticipée : où en est-on ?

L'amendement adopté le 20 octobre 2025 en commission des finances vise à permettre aux souscripteurs de consentir, de leur vivant, une transmission en franchise d'impôt à hauteur de l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire. Un parent pourrait ainsi désigner son enfant comme bénéficiaire et lui transférer jusqu'à 152 500 € de son vivant, en imputant ce montant sur l'abattement successoral.

L'objectif affiché est de favoriser la circulation du patrimoine vers les jeunes générations, au moment où celles-ci en ont le plus besoin (achat immobilier, création d'entreprise). À ce jour, le texte n'a pas franchi l'étape de l'Assemblée nationale dans son ensemble, et les conditions précises du dispositif, notamment le caractère irrévocable de la désignation, restent à définir.

La Cour des Comptes et les effets d'aubaine : quel risque pour les contrats actuels ?

Le rapport de la Cour des Comptes de décembre 2025 pointe deux critiques principales. D'abord, le cumul des abattements avant et après 70 ans permet à des patrimoines importants d'échapper largement à l'impôt successoral. Ensuite, l'absence de plafonnement global du nombre de bénéficiaires ouvre la voie à des stratégies d'optimisation que le rapport qualifie d'« effets d'aubaine ».

Concrètement, un souscripteur peut désigner dix bénéficiaires distincts, chacun profitant d'un abattement de 152 500 €, soit 1,525 million d'euros transmis sans aucun prélèvement, sans même compter l'exonération du conjoint. La Cour suggère de limiter ce cumul, mais aucune réforme n'a été engagée à ce jour. Les titulaires de contrats anciens doivent donc surveiller ces signaux sans modifier précipitamment leur stratégie.

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Les pièges à éviter : erreurs courantes qui font perdre l'exonération

Mal paramétré, un contrat d'assurance vie peut produire l'exact inverse de l'effet recherché — une taxation maximale et un blocage du capital pendant des mois, voire des années. Les quatre pièges qui suivent sont ceux que les études notariales et les contentieux judiciaires font remonter le plus souvent. Les éviter suppose un travail de révision régulier de la clause bénéficiaire et une évaluation sincère de la proportionnalité des primes versées.

⚠️ Attention : un contrat souscrit il y a vingt ans avec une clause bénéficiaire standardisée (« mon conjoint ») peut aboutir à verser le capital à un ex-conjoint si le divorce n'a pas été suivi d'une mise à jour. La clause n'est pas automatiquement caduque.

La clause bénéficiaire mal rédigée : premier piège à désamorcer

Parmi toutes les erreurs recensées, la formulation de la clause bénéficiaire est la plus fréquente et la plus coûteuse. Les clauses vagues (« mes héritiers », « mes enfants » sans les nommer) exposent à deux risques : un conflit entre bénéficiaires potentiels, et une requalification du capital en actif successoral si aucun bénéficiaire certain ne peut être identifié. Le capital remonte alors dans la succession et supporte les droits classiques.

La clause standard rédigée par l'assureur est rarement suffisante. Une clause efficace doit désigner nominalement chaque bénéficiaire avec ses coordonnées complètes (prénom, nom, date et lieu de naissance) puis prévoir un bénéficiaire de second rang en cas de prédécès. Elle doit aussi être révisée après chaque événement de vie : mariage, divorce, naissance, décès du bénéficiaire initialement désigné. Enfin, pour un couple avec enfants, le démembrement de la clause bénéficiaire entre l'usufruit pour le conjoint survivant et la nue-propriété pour les enfants permet d'optimiser la transmission tout en protégeant le conjoint.

Les primes manifestement exagérées : quand le contrat réintègre l'actif successoral

L'article L. 132-13 du Code des assurances prévoit que les primes versées ne doivent pas être « manifestement exagérées » au regard des facultés du souscripteur. Un versement de 300 000 € par une personne disposant de 50 000 € de revenus annuels et d'un patrimoine de 400 000 € peut être jugé disproportionné et réintégré, sur décision judiciaire, dans l'actif successoral.

Les juges apprécient ce caractère au cas par cas, en tenant compte de l'âge, de la situation patrimoniale et familiale, des ressources disponibles, de l'utilité du contrat et des besoins prévisibles du souscripteur. Selon la jurisprudence, l'exagération s'apprécie au moment du versement, non au moment du décès. Une prime modeste à la souscription peut devenir excessive si la situation du souscripteur s'est dégradée entre-temps. Il n'existe pas de seuil mathématique : la prudence commande de ne pas consacrer plus de 25 à 30 % de son patrimoine net à des versements sur un contrat d'assurance vie à visée successorale.

Assurance-vie du conjoint survivant et succession : le risque souvent négligé

L'exonération totale du conjoint survivant est un acquis de la loi TEPA de 2007. Mais cette exonération ne produit son plein effet que si le conjoint est désigné bénéficiaire. En l'absence de clause bénéficiaire, le capital peut aller aux enfants ou aux héritiers légaux au lieu du conjoint.

Le piège se referme souvent au second décès. Le conjoint survivant reçoit le capital en exonération totale et le replace aussitôt sur son propre contrat d'assurance vie en désignant les enfants comme bénéficiaires. Jusqu'ici, tout fonctionne. Mais si le conjoint décède après 70 ans en ayant massivement alimenté son contrat, les enfants héritent de primes soumises au plafond de 30 500 €, et non à l'abattement de 152 500 €. La solution : encourager le conjoint survivant à transmettre de son vivant, par donation, plutôt que d'attendre le décès pour faire jouer l'assurance vie.

L'assurance vie passe-t-elle par le notaire ? Rôle et obligations pratiques

Par principe, l'assurance vie échappe au formalisme notarié des successions classiques. L'assureur verse le capital directement au bénéficiaire, sur présentation du certificat de décès et d'une pièce d'identité, sans attendre l'établissement d'un acte de notoriété. Le délai légal de versement est d'un mois à compter de la réception des pièces justificatives complètes (article L. 132-23-1 du Code des assurances).

L'assureur a l'obligation de rechercher activement le bénéficiaire, notamment via le fichier FICOVIE, géré par l'administration fiscale, qui recense l'ensemble des contrats d'assurance vie souscrits en France. Depuis la loi Eckert de 2014, les assureurs doivent consulter ce fichier et informer les bénéficiaires identifiés dans un délai raisonnable. Mais l'assureur ne fait pas office de notaire. Il ne traite ni la succession ni la liquidation du régime matrimonial, et ne calcule pas les droits de succession éventuellement dus sur les primes après 70 ans.

Ce que fait l'assureur après le décès du souscripteur

Au décès du souscripteur, le processus suit quatre étapes. D'abord, le bénéficiaire (ou la famille) informe l'assureur et transmet le certificat de décès. L'assureur contrôle si une clause bénéficiaire existe et consulte le fichier FICOVIE pour recenser tous les contrats du défunt ; il informe ensuite chaque bénéficiaire identifié de ses droits.

Ensuite, le bénéficiaire produit un justificatif d'identité et éventuellement un acte de notoriété ou un certificat d'hérédité. L'assureur calcule alors le prélèvement fiscal applicable (prélèvement de 20 % sur les primes avant 70 ans au-delà de l'abattement) et l'acquitte directement auprès de l'administration fiscale. Le capital net est versé au bénéficiaire dans le mois qui suit la réception des pièces complètes. Ce circuit direct est l'un des atouts majeurs de l'assurance vie par rapport à une transmission testamentaire classique.

Quand le recours au notaire devient nécessaire

Le notaire intervient dans trois situations précises. Premier cas : le bénéficiaire a accepté le contrat du vivant du souscripteur, rendant la désignation irrévocable. Cette acceptation doit être formalisée par acte notarié ou par acte sous seing privé enregistré. La révocation ultérieure est alors impossible sans l'accord du bénéficiaire acceptant.

Deuxième cas : un conflit émerge entre héritiers sur le caractère exagéré des primes ou sur l'interprétation de la clause bénéficiaire. Le juge judiciaire, saisi par les héritiers, peut ordonner une médiation notariée. Troisième cas : la clause bénéficiaire est inexistante ou invalide. Le capital est alors rapporté à la succession, et le notaire doit liquider l'ensemble de l'actif successoral, y compris ce capital, selon les règles du Code civil. Dans ces trois hypothèses, le notaire retrouve son rôle traditionnel d'officier public chargé d'authentifier et de sécuriser la transmission.

Sources

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas l'avis d'un conseiller financier. Étudiez votre situation avec un professionnel agréé avant de vous engager.

Questions courantes

Comment se passe une succession d'assurance vie ?

L'assurance vie est par principe hors succession civile : le capital versé au bénéficiaire désigné ne figure pas dans l'actif successoral du défunt. Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 €, au-delà duquel s'applique un prélèvement de 20 % (puis 31,25 % au-dessus de 700 000 €). Pour les primes versées après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique tous bénéficiaires confondus ; l'excédent réintègre l'actif successoral et subit les droits classiques. Le conjoint survivant et le partenaire de Pacs sont totalement exonérés.

Est-ce qu'il y a des frais de succession sur une assurance vie ?

Des droits de succession peuvent être dus sur l'assurance vie, contrairement à une idée reçue. Les primes versées avant 70 ans supportent un prélèvement forfaitaire de 20 % au-delà de 152 500 € par bénéficiaire. Les primes versées après 70 ans sont soumises aux droits de succession classiques au-delà d'un abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires confondus. Le conjoint survivant et le partenaire pacsé restent intégralement exonérés en vertu de la loi TEPA du 21 août 2007.

Est-ce que l'héritage d'une assurance vie passe par le notaire ?

Par principe, non : l'assureur verse le capital directement au bénéficiaire désigné, après avoir contrôlé l'identité et la qualité du bénéficiaire. Le notaire intervient dans trois cas : si le bénéficiaire a accepté formellement le contrat du vivant du souscripteur (rendant la désignation irrévocable et soumise à l'accord des héritiers), si un conflit éclate entre héritiers sur le caractère exagéré des primes, ou si le contrat ne contient pas de clause bénéficiaire valable, faisant remonter le capital dans la succession.

Quels sont les pièges à éviter en assurance vie ?

Le piège le plus fréquent est la clause bénéficiaire mal rédigée : désigner « mon conjoint » sans préciser l'identité ou omettre de la mettre à jour après un divorce. Autre écueil : les primes manifestement exagérées au regard de la situation patrimoniale du souscripteur, qui peuvent être réintégrées dans l'actif successoral par un juge. Enfin, ne pas déclarer le contrat à l'administration fiscale via le fichier FICOVIE retarde le règlement et expose à des pénalités. La règle d'or : réviser la clause à chaque événement de vie.

Le conjoint survivant est-il exonéré de droits sur l'assurance vie ?

Le conjoint survivant marié et le partenaire pacsé sont totalement exonérés de tout prélèvement sur le capital-décès de l'assurance vie, quel que soit l'âge du souscripteur au moment des versements. Cette exonération totale découle de la loi TEPA de 2007. Le concubin, même notoire, ne bénéficie pas de cette exonération : il est traité comme un tiers et supporte le prélèvement de 31,25 % sur les primes versées avant 70 ans au-delà de l'abattement, ou les droits de succession classiques (60 % en ligne directe non applicable au concubin) pour les primes après 70 ans.

L'abattement de 152 500 € est-il par bénéficiaire ou par contrat ?

L'abattement de 152 500 € s'applique par bénéficiaire désigné, et non par contrat. Si un même bénéficiaire est désigné dans plusieurs contrats du même souscripteur, il cumule tous les capitaux issus de primes versées avant 70 ans : l'abattement de 152 500 € reste unique pour l'ensemble. En revanche, deux bénéficiaires distincts désignés dans le même contrat ou dans des contrats différents profitent chacun de leur propre abattement de 152 500 € sur les primes versées avant 70 ans.